Céline Lageot

  • Au fondement des libertés politiques, se trouve la liberté d'expression.
    En effet, l'étude de cette liberté en tant que liberté essentielle à l'Homme, amène souvent à se poser - ou à se reposer - la question de son importance. Et c'est là que les justifications ou les bien-fondés de la liberté d'expression rejaillissent. Parmi eux, la recherche de la vérité dans l'échange des opinions contradictoires et l'épanouissement individuel « par le dire », s'imposent comme des quasi évidences.
    La troisième justification est peut-être moins immédiate que les deux autres, mais à la réflexion, s'impose tout autant. Nul ne doute plus aujourd'hui qu'il existe une corrélation entre démocratie d'une part et liberté d'expression politique d'autre part, et une convergence dans l'affirmation de celle-ci. J. Locke avait déjà entre aperçu la problématique en affirmant que si l'homme avait accepté de quitter l'Etat de nature pour entrer en société, c'était aux fins de gagner sa liberté politique. L'État, en tant que société politique organisée, s'octroie la possibilité de reconnaître aux Hommes un stade avancé de leurs libertés et lorsque celui-ci fait le choix du système démocratique, il devient alors le siège propice à l'épanouissement des libertés.
    La « société démocratique » que la Cour européenne des droits de l'homme appelle aujourd'hui de ses voeux, notamment parce qu'elle incarne « un esprit de pluralisme, de tolérance et (?) d'ouverture », représente un standard à partir duquel la Cour crée ses normes prétoriennes. Cette interjection à la société démocratique est même devenue pour elle, une référence normative essentielle. Elle rappelle, dès qu'elle le peut, que « la démocratie se nourrit (?) de la liberté d'expression ». Or, c'est précisément la juridiction de Strasbourg qui a le plus exploré jusqu'à présent les rapports entre démocratie et liberté d'expression, dans le creuset d'un de ses arrêts majeurs, Handyside.
    La démocratie ne peut en effet exister qu'à la condition qu'il existe une réelle et efficace participation des citoyens au pouvoir. Cette participation s'effectue sous la forme première du vote lors des élections, mais aussi des consultations, des débats au sein des assemblées représentatives, du dialogue et des activités associatives et militantes, etc? Ces mécanismes de participation civique des citoyens au pouvoir sont des garanties essentielles à la liberté d'expression, puisque par leur biais, les citoyens peuvent se faire entendre. Ce n'est qu'à ce prix qu'une démocratie est réelle. Sans ces mécanismes de participation, en revanche, les systèmes ?démocratiques? deviennent formels et se mettent en péril.
    Dans ce sillage, la démocratie doit admettre une très grande liberté de critique du pouvoir, au risque autrement de se renier elle-même ou de sombrer.

  • Sous l'impulsion de Laurence Burgorgue-Larsen, Céline Lageot et Jean-Jacques Sueur, un travail collectif a été entrepris pour permettre à terme la réalisation d'un ouvrage en droit comparé des libertés dans une perspective transdisciplinaire (droit, histoire, philosophie, sociologie, économie, anthropologie).
    Un accord s'est dégagé sur l'idée d'un comparatisme à grande échelle, ouvert, permettant de dépasser les limites étroites du modèle de libertés occidental, voire européen. Le cas n'est pas seulement une affaire, c'est un test grandeur nature, un moyen de faire parler des faits. La journée d'études de Poitiers (juin 2019) dont les actes sont ici rassemblés a été consacrée à justifier et à illustrer ce choix. Elle aura une suite.

  • Dans un contexte de droit européen de plus en plus marqué et à l'heure où les systèmes d'origine romanogermanique ou de common law doivent se côtoyer, cette recherche de droit comparé est inédite à deux points de vue. Alors, d'une part, que la plupart des dictionnaires juridiques présents sur le marché sont bilingues, celui-ci offre la particularité (qui est peut-être une vertu ?) d'être quadrilingue. Avec l'allemand, l'anglais, l'espagnol et le français, cet ouvrage s'est ainsi voulu intelligible en europe et même au delà. Alors, d'autre part, que les droits fondamentaux s'inscrivent dans tous les discours depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale et occupaient une place de choix dans le projet de constitution européenne, un tel dictionnaire faisait pourtant défaut en droit international des droits de l'Homme. il vient ainsi combler un vide dans un domaine spécifique des droits fondamentaux, les libertés de l'esprit, soit encore les libertés de conscience, de pensée, d'opinion, d'expression. ce dictionnaire plurilingue de droit comparé est l'aboutissement d'un travail mené sur plus de cinq années. il est le fruit d'un partenariat entre les universités d'oxford Brookes et de Bristol, de Salamanque, de Marbourg et de Poitiers.

  • à l'heure où nos sociétés sont confrontées à des mutations importantes tant sur le plan national qu'international, une réflexion sur le pouvoir politique et son exercice s'impose.
    l'objet du présent ouvrage est de mettre en perspective la conception traditionnelle de ce pouvoir avec les évolutions contemporaines. envisager l'exercice du pouvoir politique, aujourd'hui, nécessite de se pencher, d'abord, sur l'histoire du pouvoir, ou son instauration au sein d'une société particulière - c'est le pouvoir organisé. cela requiert, ensuite, d'expliquer comment l'action de l'état est aujourd'hui limitée sur la scène internationale - c'est le pouvoir contingenté - et comment, enfin, à l'intérieur de son propre territoire, ce pouvoir est remis en cause - c'est le pouvoir discuté.
    participant d'une logique d'acquisition d'une culture politique en complément des enseignements de droit constitutionnel, sociologie politique et introduction à la vie politique, cet ouvrage s'adresse aux étudiants de licence de droit, des iep et à tous ceux préparant les concours administratifs.

  • Si les universités de Cambridge et Poitiers sont unies de longue date par une convention bilatérale en matière d'enseignement, c'est la première fois qu'elles organisent un colloque ensemble. Suggéré par l'Université de Cambridge, le thème de la précarité, s'il a déjà été abordé par de nombreuses études françaises, est en revanche bien moins souvent interrogé dans une perspective comparée : comment deux Etats européens, dont la culture et le système juridiques sont si éloignés, appréhendent ils cette question ? Que nous apportent sur ce thème les approches croisées du droit et de l'étude de l'action publique en France et en Grande-Bretagne ?
    En droit, il n'existe pas de définition précise de la précarité ; elle n'est pas une catégorie juridique stricto sensu. La question de la précarité s'immisce dans certaines branches du droit dont la vocation principale n'est pas la protection contre les vulnérabilités : le droit des contrats quand il protège les bénéficiaires d'un bail précaire, le droit pénal quand il laisse au juge d'application des peines la liberté de prendre en compte la précarité sociale du condamné pour penser les mesures qu'il va prendre à son égard, les dispositifs de lutte contre l'exclusion numérique ou les dispositifs d'accompagnement de l'usage collectif d'internet, etc. Il est dès lors intéressant de mettre au jour les différents usages de la précarité, ses effets aussi (qu'ils soient voulus ou non) pour préciser comment, par touches successives, la précarité s'installe comme objet du droit et de l'action publique. Cette approche permettra de répondre à la question de savoir si l'on peut déceler une « mise en norme » de la précarité, au-delà du traitement des catégories d'individus précaires.
    Partant de présupposés très différents, la France et la Grande-Bretagne se dirigent elles vers des réponses convergentes ou encore aujourd'hui très différenciées ?

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