• L'amour peintre

    Guillaume Faroult

    Du Pèlerinage à l'île de Cythère de Watteau (1717) au Verrou de Fragonard (vers 1778), les peintres français ont produit une remarquable suite de chefs d'oeuvre ayant l'amour pour sujet principal et qui semblent incarner les valeurs brillantes et ambiguës d'une culture sophistiquée consciente de son apogée. La France du XVIIIe siècle a en effet établi le raffinement du comportement amoureux comme la manifestation suprême de la civilisation des Lumières.
    Les peintres les plus doués, Antoine Watteau (1684-1721) François Boucher (1703-1770) et Jean Honoré Fragonard (1732-1806), entre autres, consacrèrent leur immense talent à l'amour. L'exceptionnelle fécondité de leur inspiration amoureuse, chaste ou impudique, fait la matière de ce livre.
    Les peintres, dessinateurs et graveurs contribuèrent, par l'illustration, au succès sans précédent de la fiction romanesque, tout d'abord galante, bientôt libertine et enfin tendre et sentimentale.
    La sensualité exquise et civilisée de Watteau, le plaisir mondain et hédoniste de Boucher, l'équivoque grivoise des illustrateurs libertins, la tendre sensibilité de Fragonard font l'objet d'attentives analyses développées dans cette étude qui croise histoire de l'art, histoire culturelle et histoire sociale.

  • Le peintre François Boucher (1703-1770) a accompli une des plus brillantes carrières artistiques du siècle des Lumières. Sollicité par l'administration royale ainsi que par les cours étrangères, il fournit modèles et décors qui inspirèrent toute l'Europe. En 1765, il est enfin nommé Premier peintre du roi Louis XV et directeur de l'Académie royale de peinture et de sculpture. Cette même année une gravure équivoque divulgue au public la composition d'une de ses oeuvres érotiques les plus audacieuses. L'Odalisque brune compte en effet parmi ces peintures secrètes dont le XVIIIe siècle libertin s'est montré friand. Peinte en 1745 pour un amateur discret, elle est le fruit de ce siècle curieux de tout et épris de liberté autant que de licence.
    Une belle jeune femme brune, voluptueuse et dénudée, est étendue sur un sofa d'inspiration turque. Les draperies abondent comme pour désigner le processus de « dévoilement » qui est en cours sur la toile. L'oeuvre semble évoquer autant un imaginaire du harem que l'univers des romans libertins. Le présent volume s'attache à décrypter le contexte de la création ainsi que les significations multiples de cette toile originale, séduisante et ambiguë qui témoigne du goût des masques et des fantasmes orientaux des hommes des Lumières.

  • Depuis 1975, le Louvre conserve une lumineuse peinture de Thomas Cole (1801-1848), La Croix dans la contrée sauvage, qui marque l'aboutissement de sa réflexion autour de la représentation d'un certain type de paysage américain, la Wilderness, archétype mythique d'une nature grandiose et intacte.
    Il suivait en cela la jeune littérature américaine, dont Le Dernier des Mohicans, paru en 1826. Cette peinture est riche aussi de ses références à l'art du vieux continent, dont Cole, né en Angleterre et plusieurs fois retourné en Europe, connaît bien les différentes écoles. Elle est un jalon dans son oeuvre, pénétré de l'art de Claude Lorrain et de Turner en particulier, tant par sa délicate analyse de la lumière que par sa scénographie, particulièrement originale.
    Guillaume Faroult entend ici dénouer le faisceau complexe de solutions variées qui féconde l'oeuvre sous son apparente et lumineuse simplicité.

  • Hubert Robert fut l'un des créateurs les plus séduisants du siècle des Lumières. Artisan de cet art de vivre poli, galant et souriant qui paraît l'une des quintessences de l'esprit français au XVIIIe siècle, l'artiste attire d'emblée la sympathie.
    Il parvint à s'introduire dans les cercles les plus brillants de son temps, édifiant une carrière exemplaire dans la France de l'Ancien Régime jusqu'au règne de Napoléon.
    Formé à Rome vers le milieu du siècle, en pleine fièvre antiquaire, Robert s'impose dès son retour à Paris comme « peintre d'architecture ». Le philosophe Denis Diderot célèbre aussitôt la «poétique des ruines » du jeune artiste. La production de Robert fait preuve au cours de sa carrière d'une exceptionnelle dynamique d'amplification: les oeuvres, les projets, les charges y atteignent une dimension considérable. L'artiste devient très recherché pour la production de vastes ensembles de décors peints. Il se lance enfin avec succès dans une forme d'« art total » en tant que créateur de jardins, dont le parc de Méréville (de 1786 à 1793) fut sans doute le chef-d'oeuvre.
    Frappé par le bouleversement historique de la Révolution française, il en consigne les premières manifestations en représentant, dès l'été 1789, La Bastille dans les premiers jours de sa démolition. En 1795, il réintègre sa fonction de conservateur du «Muséum national », c'est-à-dire du musée du Louvre qui vient d'ouvrir ses portes, et dont il avait préparé activement la création.
    Sans aucun doute, l'oeuvre de Robert est parcourue par un sens de l'écoulement inexorable du temps et, par-delà, par une conscience de la marche de l'histoire, tour à tour triomphante ou déplorable, qui en constitue l'impressionnante grandeur.

  • Hubert Robert fut l'un des créateurs les plus séduisants du siècle des Lumières. Artisan de cet art de vivre poli, galant et souriant qui paraît l'une des quintessences de l'esprit français au XVIIIe siècle, l'artiste attire d'emblée la sympathie.
    Il parvint à s'introduire dans les cercles les plus brillants de son temps, édifiant une carrière exemplaire dans la France de l'Ancien Régime jusqu'au règne de Napoléon.
    Formé à Rome vers le milieu du siècle, en pleine fièvre antiquaire, Robert s'impose dès son retour à Paris comme « peintre d'architecture ». Le philosophe Denis Diderot célèbre aussitôt la «poétique des ruines » du jeune artiste. La production de Robert fait preuve au cours de sa carrière d'une exceptionnelle dynamique d'amplification: les oeuvres, les projets, les charges y atteignent une dimension considérable. L'artiste devient très recherché pour la production de vastes ensembles de décors peints. Il se lance enfin avec succès dans une forme d'« art total » en tant que créateur de jardins, dont le parc de Méréville (de 1786 à 1793) fut sans doute le chef-d'oeuvre.
    Frappé par le bouleversement historique de la Révolution française, il en consigne les premières manifestations en représentant, dès l'été 1789, La Bastille dans les premiers jours de sa démolition. En 1795, il réintègre sa fonction de conservateur du «Muséum national », c'est-à-dire du musée du Louvre qui vient d'ouvrir ses portes, et dont il avait préparé activement la création.
    Sans aucun doute, l'oeuvre de Robert est parcourue par un sens de l'écoulement inexorable du temps et, par-delà, par une conscience de la marche de l'histoire, tour à tour triomphante ou déplorable, qui en constitue l'impressionnante grandeur.

  • C'est une figure effilée, puissante et acérée comme une épée, les yeux exorbités, la bouche hurlant un cri immense et vide, littéralement inaudible : Lady Macbeth marchant dans son sommeil a conquis ces dernières années une place de choix dans notre patrimoine visuel contemporain avide d'excès et de frissons.
    En 1784, Johann Heinrich Füssli (1741-1825), intellectuel précoce, grand admirateur de Rousseau et de Lavater, et assez tardivement converti à la peinture, investissait avec ce morceau de bravoure les champs d'inspiration les plus spécifiques de l'Angleterre, sa patrie d'adoption, à l'avant-garde de l'art européen : le genre sublime et le théâtre de Shakespeare. Guillaume Faroult donne ici des pistes de lisibilité pour cette image foudroyante d'obscurité.
    Lady Macbeth est une oeuvre stratégique et magistrale, faite d'exagérations et de petites licences calculées, conçue comme le porte-étendard d'une sensibilité nouvelle, d'une esthétique fantastique et déraisonnable, " romantique " bientôt, en parfaite rupture avec la beauté harmonieuse et sereine instaurée depuis la Renaissance.

empty